Le speed-dating d’Amazon ? Vous connaissez ? Non le géant américain ne joue pas encore les marieuses. En revanche, il a prévu d’aider les auteurs en devenir, à devenir auteur. Et je dois dire que la promesse était alléchante : une mise en avant de son œuvre sur l’incontournable site US pour une valeur de 10 000 € ! J’ai décidé de tenter ma chance. Voici mon expérience…

Modes d’éditions

Je n’ai pas, a priori, de préférence entre l’auto-édition et le recours à une maison plus traditionnelle. Et connaissant mon jusqu’au-boutisme quasi maladif, je finirai certainement par tester ces deux systèmes. Alors, commencer par l’un, ou l’autre ? Peu importe.

Et je n’étais pas la seule à vouloir tester la deuxième édition du dispositif proposé par Amazon au salon Livre Paris. Une soixantaine d’auteurs s’étaient massés sur le stand, attendant le début des hostilités, entre crainte et impatience. J’étais parmi eux, et je vous livre aujourd’hui mon ressenti.

D’abord, le stress ! Cela ne touche probablement pas uniquement ma petite personne. Mais je suis toujours aussi étonnée de mon incapacité à contrôler mes nerfs dans ce type de situation. Ce n’était pourtant pas ma première prise de parole en public ! Pour autant, l’enjeu était de taille : ceci explique probablement cela.

En tout cas, il fallait y aller. Rectification : je voulais y aller. Il était impensable pour moi de baisser les bras, de faire demi-tour au nom d’une paralysie émotionnelle bien pratique ! Je me veux autrice. Il faut assumer !

Dans l’attente

Me voilà donc au milieu d’une cohorte d’écrivains, plus ou moins jeunes, à répéter silencieusement le texte que j’avais appris par cœur. Autour de moi, on discute. À voix basse pour les plus discrets, à voix forte, cherchant à capter l’attention et les regards, pour les plus hardis, parlant de concours, d’expériences, de propositions d’éditeurs… C’est pour nous décourager qu’elle étale autant son pedigree ?

Je me recentre, je regarde la vague qui me précède, j’observe pour ne pas être prise au dépourvu le moment venu.

Le fonctionnement est simple : six groupes de trois personnes font office de jurys, des auteurs déjà édités chez le géant américain, et des membres de la société Amazon. Chaque auteur passe devant le groupe désigné par l’organisatrice. Que se serait-il passé si j’avais tenté de m’asseoir face à Jacques Vandroux, maître français du suspense, pour lui présenter mon thriller ? Je l’ignore… Ce n’est pas dans mes habitudes de défier l’autorité, à moins d’une injustice flagrante !

Je me suis donc retrouvée assise sur un petit tabouret, face à trois personnes particulièrement avenantes, mais dont j’ignorais tout. Ils se sont présentés par leurs noms et fonctions. Ce que j’ai retenu :… auteur,… salarié chez Amazon.

En même temps, l’écrivain confirmé face à moi n’allait pas m’étaler son palmarès ! Ce serait mal venu face à « une petite jeune » qui tente de percer. Et d’ailleurs, en quoi me serais-je sentie mieux si j’avais su qu’il était un grand auteur de thrillers ? Ou un écrivain confirmé en romance ou en fantasy ?

Première leçon à tirer

J’aurai dû me renseigner sur les auteurs français les plus vendus chez Amazon. Leurs noms, visages, œuvres, histoires, classements…

En tout cas, le seul homme de mon jury a tenté de détendre l’atmosphère, faisant des blagues, plus ou moins drôles. Ces trois personnes, qui s’étaient levées très tôt pour venir évaluer la qualité de mon récit, n’étaient pas là pour me descendre. Elles se sont montrées à l’écoute, empathiques, compréhensives. Et au milieu de cette réunion, qui ressemblait plus à une discussion tupperware autour d’un livre, qu’à une interro éliminatoire, j’ai tenté de lâcher-prise.

Deuxième point

Inutile de se préparer pour un examen. C’est à une conversation amicale qu’il faut s’attendre.

Le résultat de mon intervention ne fut malheureusement pas à la hauteur de mes attentes. Je connaissais mon texte, il était rôdé. J’avais travaillé le déclencheur, le personnage principal, et la situation à laquelle il est confronté. Mais je n’avais absolument pas prévu de révéler le dénouement : ni l’identité du premier accusé, et encore moins celle du véritable instigateur des meurtres qui avaient ruiné la vie de mon héros !

Et pourtant, c’est la première chose que mon interlocuteur masculin m’a demandé : « il faut divulgâcher », comme disent les Canadiens.

Quelle déception pour moi !

Écrire un synopsis en étalant toutes les subtilités que j’avais eu tant de peine à échafauder, c’est déjà difficile. Mais devoir les énoncer, haut et fort… Je ne m’y étais pas préparée.

Impensable de faire marche arrière évidemment : j’ai donc tenté, sans préparation, d’expliquer le dénouement d’intrigues qui s’entremêlent, s’entrecroisent, se recoupent… Vous savez ce qu’est un thriller !

Au final, je ne figure pas parmi les deux candidats sélectionnés en ce samedi 17 mars 2018. Je ne sais pas si mon manuscrit méritait de gagner. En revanche, je suis consciente que ma « performance » n’aurait pas pu être récompensée : entre bafouillements, hésitations, retours en arrière… c’était tout simplement incompréhensible !

Troisième leçon, la plus importante : c’est un synopsis que l’on présente à un éditeur, pas un résumé !

Bilan : une formidable expérience.

  • sur la forme : cette situation est celle à laquelle tout auteur qui veut convaincre un éditeur, ou même un lecteur, sera confrontée.
  • sur le fond : il faut garder en tête que le jury a besoin de connaître la fin pour juger de la pertinence et du réalisme d’un récit.

Être édité chez Amazon n’était pas forcément mon premier souhait. J’étais venue pour tester, m’entraîner, prendre la température d’un salon du livre en tant qu’auteur. Objectif atteint !

À refaire ? Bien sûr ! C’est en accumulant ce type d’expériences qu’on parvient à les gérer. Je pense que je retenterai ma chance l’année prochaine avec un autre texte, si toutes les conditions sont remplies…

 

 

 

Jacques Vandroux, Matthieu Biasotto

et les lauréates du Speed Dating du samedi 16 mars 2018

 


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