AVERTISSEMENT : l’article qui suit repose sur la réalité de ma première rencontre avec un éditeur en vue de lui proposer mon manuscrit. Pour autant, les faits ont été remaniés et édulcorés, pour pimenter votre lecture.

Le manuscrit de mon thriller étant achevé, je suis en recherche d’un éditeur.
Je reviendrai ultérieurement sur la manière dont j’ai sélectionné les maisons d’édition sollicitées. Mais aujourd’hui, je voudrais vous raconter mon premier rendez-vous avec un éditeur : c’est tout frais, c’était hier soir.

Préambule

Plutôt que de raconter les faits, chronologiquement, comme je le fais dans tous les articles dont l’objectif est de partager mes états d’âme, sous format « journal », j’ai choisi de vous convier à enquêter à mes côtés.

Remettons les choses dans leur contexte :
— le suspect : la maison d’édition avec laquelle j’ai rendez-vous au sujet de mon manuscrit
— le crime : usurpation d’identité. En effet, elle est soupçonnée de dissimuler son statut d’éditeur à compte d’auteur, derrière celui de compte d’éditeur
— les témoins : deux établissements reconnus d’intérêt littéraire, Cultura grande chaîne de magasins culturels, et la Librairie des Signes à Compiègne, petit indépendant passionné par son métier
— les indices : le nom du distributeur, figurant sur la fiche d’information de la maison d’édition consultée par les deux témoins, à savoir BOD, pour Books On Demand.

Ce rendez-vous, fixé dans un café parisien, rue de Mogador, à proximité de la gare Saint-Lazare, fera office d’interrogatoire, même si mon interlocutrice ne le sait pas.

J’arrive tout juste dix minutes avant l’échéance, et me précipite au petit coin pour tenter de me rafraîchir après plus de deux heures de trajet en train et métro.

Le lieu

Je profite de ce post pour faire un petit aparté, un appel lancé au gérant de cet établissement, qui se reconnaîtra peut-être.

En pénétrant dans le café, je m’adresse immédiatement au charmant jeune homme, dissimulé derrière son immense machine à café : « j’attends une autre personne », lui dis-je, « et je souhaiterais profiter des cabinets avant de commander quoi que ce soit ». Il m’indique une large porte noire, vierge de tout panneau informatif.

Je découvre derrière celle-ci l’endroit recherché, une pièce grande, à la décoration très affirmée : un tuyau fait office de robinet, une vanne d’arrêt remplace le mitigeur, et l’évier ressemble à s’y méprendre à une large caisse à légumes…

Rien d’inhabituel ni d’inconfortable pour une ville comme Paris, à l’exception d’une chose : l’éclairage. Les murs sont noirs, la lumière est jaune, et c’est littéralement dans la pénombre que l’on peut se soulager.

Évidemment, il n’est pas nécessaire de disposer d’une grande clarté pour répondre à ce besoin naturel. Mais il est beaucoup plus difficile d’ajuster son maquillage, ou ne serait-ce que de vérifier son état esthétique général, quand on se retrouve par nuit noir, avec un timide rayon de lune comme seule atténuation de l’obscurité.

Transformation

Bref ! Je troque mes baskets confortables pour mes escarpins à talons 8 cm, enlève une couche de vêtements, tente de faire disparaître l’odeur de transpiration due aux cinq intenses minutes de marche que je viens de m’imposer pour être à l’heure. Et je sors, décidée à m’installer pour attendre mon interlocutrice, sans trop savoir comment je vais la reconnaître.

Je parcours du regard l’étroit local, à la recherche d’une table, lorsque mes yeux se posent sur le bout d’un document, recouvert par le magazine littéraire « Le bonbon », à portée de main d’une femme, très jeune, cheveux courts, petit pull blanc… C’est elle. Je viens de reconnaître mon livret, celui que j’avais remis à ses collaborateurs lors de ma visite au salon Livre Paris (voir « Trouver un éditeur à Livre Paris ? »).

Je comprends à cet instant qu’elle m’a vue arriver, échevelée, essoufflée, en baskets, pour me voir sortir des commodités, après cinq bonnes minutes, toute pimpante (enfin je l’espère, je ne peux pas en être totalement certaine !), et huit centimètres de plus…

Peu importe ! Je m’avance vers elle, lui souris. Elle me regarde étonnée, ne s’attendant probablement pas à une femme avec sa valise, et son sac à dos.

Le début de notre conversation tourne autour de ces encombrants bagages. Elle espère ne pas en être la cause. Je balaie bien vite ces considérations : quand on veut quelque chose, en l’occurrence une maison d’édition pour mon manuscrit, un petit déplacement éclair sur Paris n’est pas un effort insurmontable, d’autant que j’ai une enquête à mener…

Et nous entamons le cœur de notre sujet : mon livre et son avenir.

Café crème qui dessine un coeur

Photo by Wan Ching Tan on Unsplash

Son point de vue sur mon manuscrit

Elle me propose de se présenter d’abord, car elle me connaît déjà, grâce au petit livret de présentation mentionné précédemment : mon emploi alimentaire, mon statut familial, le contexte dans lequel je suis venue à l’écriture…

Pourtant, elle me pose des questions, beaucoup de questions. Je la laisse faire, pour noyer le poisson. Elle s’intéresse à l’autre manuscrit que j’ai mentionné dans mon livret, et m’interroge sur la raison pour laquelle je considère ce projet comme « trop ambitieux », et se fait préciser les motivations qui m’ont poussée à écrire. Puis elle s’intéresse au thriller que je lui ai envoyé : le récit, le caractère de mes personnages… Et je dois reconnaître que c’est avec plaisir que je me livre !

C’est la première fois que j’échange avec un professionnel de l’édition. J’ai été heureuse, par exemple, d’apprendre que je n’étais pas la seule à m’être tournée vers l’écriture après la lecture d’une œuvre qui m’avait laissée orpheline, sans plus rien à me mettre sous la dent. J’avais écrit ce que j’aurai souhaité lire. Une motivation banale en somme… Mais pour quel résultat ! Trois manuscrits plus tard, je remercie J.K. Rowling et Harry Potter de m’avoir donné le courage de me lancer !

Le travail à venir

Enfin, elle en vient aux retouches, au travail qu’il reste à faire. Mon livre est trop dense : trop de personnages, de péripéties, de rebondissements… Je ne le montre pas, mais je suis fière : mon objectif est atteint ! Mon histoire est prenante, captivante… Or, c’est bien le minimum syndical pour un thriller.

Elle conclut son analyse : il faut rallonger certains passages pour permettre au lecteur de digérer le contexte, faire connaissance avec les protagonistes, retenir les identités multiples, comprendre les flash-back… Je prends note de toutes ces informations, je les intègre, et en tire mon propre bilan : je suis tombée dans l’excès inverse de mes précédents manuscrits.

D’habitude, c’est trop long

Cette fois, c’est trop court. « Aucun problème », lui dis-je, « je suis prête à retravailler ». J’imagine que cela la rassure. Mais pour dire vrai, c’est même en dessous de la vérité. En réalité, je veux retravailler. J’ai déjà en tête quelques passages à supprimer, j’ai pensé à des scènes supplémentaires que je souhaitais proposer en bonus sur mon blog : ce seront certainement des pages supplémentaires !

Mes modèles sont Harlan Coben, Jason Bourne, Hitchcock (oui je sais, les derniers sont des films, et alors ?) ! Je veux être à la hauteur de ces illustres maîtres. Je n’arrêterai que lorsque cette histoire sera parfaite, taillée pour les plus grands fans de thrillers !

Je tiens à m’ôter un autre souci : « mon récit n’est-il pas trop gentil, trop lisse ? » Mais ce n’est pas ainsi qu’elle l’a ressenti. Je respire, car si je suis prête à modifier beaucoup la plupart des éléments, il est un point en revanche sur lequel je ne transigerai pas : j’écris des fictions optimistes, des romans qui finissent bien, de belles histoires d’amour… Je ne pourrai les transformer en récits sombres, noirs, déprimants ! Ils sont à la mode, les antihéros… Moi, je veux de la couleur, de la lumière, de la gaieté…

Un manuscrit ouvert

Photo by Alina Daniker on Unsplash

Mes interrogations

Puis c’est à mon tour de poser des questions. Et comme vous vous en doutez, c’est là que les choses sérieuses commencent. Je dois obtenir des réponses pour mettre un terme à ces soupçons : la suspicion d’usurpation d’identité est-elle fondée ?

Je suis face à une très jeune maison d’édition, un an d’existence, avec un seul titre à son catalogue à ce jour.

Alors je pose la question cash, sans préliminaires :
— Êtes-vous une vraie maison d’édition ? interrogeai-je.
Évidemment, j’ai été plus subtile dans la formulation, mais le fond était celui-ci !

— Nous avons trois activités, m’explique-t-elle : maison d’édition classique, pas à compte d’auteur, impression à la demande et atelier d’écriture. Bien sûr, c’est dans le cadre de notre activité de maison d’édition pure que je souhaite travailler avec vous et publier votre manuscrit. Un titre est déjà disponible à ce jour, qui est en vente sur Amazon en version numérique, et bientôt papier. Un deuxième roman sortira au mois de mai.

Vous l’avez noté ? Cette phrase ? La phrase magique ? « J’ai envie de travailler avec vous » ?

Cette phrase, j’en ai rêvé ! Comme n’importe quel auteur, je pense.
Et pourtant, je n’ai rien ressenti sur le moment. Aucune émotion particulière.

Pourquoi ?

Plusieurs explications à ce stoïcisme d’après moi :
— mes doutes : comment se réjouir qu’une maison à compte d’auteur veuille m’éditer ? C’est un pléonasme en fait ! Et j’ai déjà donné… Mais c’est un autre épisode de ma vie que je vous conterai une autre fois.

— mon déplacement : si je ne rechigne pas à faire quatre heures de trajet (aller-retour) en une soirée, et payer près de 40 euros pour ce faire, je m’attends évidemment à recevoir une offre de collaboration !

— ma détermination : explication moins évidente pour le commun des mortels, mais totalement décisive pour moi.

Depuis le fameux salon Livre Paris, au cours duquel j’ai distribué deux manuscrits, établi deux contacts sérieux, et rencontré moult partenaires potentiels (sans garanties aucunes quant au résultat final), j’ai acquis une certitude : mon manuscrit sera publié. J’en ai la conviction. J’ai foi en mon histoire, mes personnages. Je sais qu’ils trouveront un chemin pour arriver jusqu’à vous, lecteurs. Et cette croyance est d’autant plus ancrée au fond de moi que je ne m’interdis rien, et notamment pas de recourir à l’autoédition si je n’ai pas trouvé LA solution par ailleurs ! Donc, calme et sérénité m’accompagnent dans cette entrevue, et mes démarches, de manière plus globale.

Le tout venant

Je reprends donc le cours de notre conversation, rassurée par sa réponse franche et directe :
— son parcours : elle est la fondatrice et la directrice de la maison

— ses motivations : un stage chez un très grand éditeur qui aurait pour coutume chaque vendredi soir de considérer la pile de manuscrits reçus dans la semaine, de conserver les trois du dessus, et de jeter le reste à la poubelle, sans même en avoir ouvert la première page. Là, j’avoue, je suis choquée ! Et nous passons quelques instants sur ces « Harry Potter » qui ont certainement atterri au milieu des ordures, sans qu’ils en aient eu conscience. Et j’exprime à haute voix mon souhait vengeur : « j’espère qu’ils sauront, un jour, que ce manuscrit avait aussi été adressé à leur maison, et qu’ils sont passés à côté ! » (oui je peux être mauvaise parfois).

— la manière dont la maison distribue ses livres (je reviens subrepticement au sujet de mon enquête) : « je travaille avec BOD, Books On Demand », me dit-elle, et d’expliquer. L’avantage pour une petite maison comme la nôtre est qu’ils impriment à l’unité, donc pas de stock. De plus, ils peuvent envoyer le livre commandé par un client dans une petite librairie au fin fond du Larzac. Il n’y a pas de quantité imposée, et toutes les librairies peuvent y avoir accès.

Je ne perds pas de vue mon objectif

J’écoute ses arguments, mais ne peux m’empêcher de repenser à la libraire de Compiègne qui me disait qu’elle ne pourrait pas le commander. Je poursuis, changeant à nouveau de sujet :

— les relations avec la presse : aujourd’hui, il n’y en a pas. Mais des contacts sont établis qui devraient lui permettre de faire parvenir les titres de son catalogue à de gros médias presse, notamment le Figaro.

— la communication auprès des youtubeuses : elle travaille déjà avec certaines d’entre elles pour le titre déjà disponible au catalogue. De plus, l’auteur avec lequel elle travaille est présent et très actif sur Wattpad, une autre manière de se faire connaître.

tablettes avec des icônes de réseaux sociaux

Photo by NordWood Themes on Unsplash

— l’auto-promotion des auteurs : ont-ils une page Facebook ? Un blog ? Qui l’anime ? Chaque auteur est libre de sa propre communication. Elle a la chance de travailler avec des écrivains très impliqués, qui partent à la rencontre des librairies à proximité de leurs domiciles, pour proposer leurs manuscrits enfin publiés, et organiser des séances de dédicace. C’est la méthode qu’elle a choisie de privilégier à aujourd’hui : le référencement en local.

J’émets alors une réserve sur le potentiel de vente dans ma région, et elle me propose de démarcher elle-même les librairies parisiennes, ce qui lui permettrait en outre d’y placer les autres titres de son catalogue. Cette solution se rapprocherait effectivement plus de mon projet initial.

— la société qui distribue ses titres (oui je sais je suis monomaniaque…) : Books On Demand utilise les réseaux de distribution de Sodis ou Dilicom.
Et là, d’un coup, je soupire de soulagement : j’ai vu ces noms des dizaines de fois en parcourant le catalogue des exposants du salon Livre Paris. Sodis et Dilicom sont parmi les distributeurs qui travaillent avec le plus grand nombre d’éditeurs.

La dernière estocade

Notre rendez-vous touche à sa fin. Mais il me reste ces témoignages en tête. Je veux évacuer définitivement ce doute pour réfléchir en toute quiétude à sa proposition :

— Je suis allée chez Cultura et dans une petite librairie indépendante pour demander à commander le livre qui figure actuellement à votre catalogue. Ces deux magasins m’ont affirmé ne pas pouvoir le commander.
Je vois son regard s’agrandir, et la stupeur se peindre sur son visage.

— Mais pourquoi ne le pourraient-ils pas ? Nous avons un numéro ISBN, le livre est en vente à la FNAC et sur Amazon…

Fidèle à moi-même, je me dis que j’ai peut-être mal compris les explications de ces libraires sur des considérations assez techniques, relativement à un domaine que je découvre.

Je minimise, je la rassure : « Je vais y retourner, pour être certaine. »
De son côté, elle s’engage à contacter Books On Demand pour vérifier qu’ils sont bien en capacité de livrer toutes les librairies de France et de Navarre, y compris Cultura, seule chaîne culturelle que l’on trouve près de chez moi.

Pour conclure

La remerciant du temps qu’elle m’a accordé, je range l’exemplaire de mon manuscrit que j’avais apporté, et le contrat qu’elle m’a confié pour le lire attentivement.
Un rapide coup d’oeil sur ma montre : notre entrevue a duré une heure.
J’ai encore le temps de prendre un train, et de rentrer chez moi à une heure convenable.

Après maints remerciements, Je prends congé, et je quitte le café.

Je suis satisfaite de cette première rencontre avec le monde de l’édition. Mon interlocutrice était avenante, elle semblait savoir de quoi elle parlait. Elle a répondu à toutes mes questions, sans rien éluder. J’ai envie de lui faire confiance, mais en même temps, ce n’est pas ce que je cherchais.

Que vais-je faire ?
Je n’en ai aucune idée. J’ai besoin de temps pour laisser poser, voir comment mes autres contacts évoluent…
Et puis j’ai tendance à croire ce que les gens me disent, à faire confiance… Je dois étudier ce contrat de très près.

Ce dont je suis certaine en revanche, c’est que lorsque ma décision sera prise, quand je me lèverai un matin en me disant « je travaille avec elle », ou « je ne travaille pas avec elle », ce choix sera irrévocable. Entre temps, parfois j’y aurai volontairement réfléchi, d’autre fois, j’y aurai simplement pensé, mon esprit se faisant happer par cette question non résolue.

La suite au prochain numéro…


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