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 Auteur : Jussi Adler-Olsen

 Éditeur : Livre de poche

 Genre : Thriller

 Année : 2013

 ISBN2253173614


2002. Merete Lyyngaard, une jeune politicienne très en vue du Danemark, est prisonnière, enfermée dans une chambre de compression, entièrement bétonnée. Son seul contact avec le monde extérieur consiste en une livraison quotidienne, par un sas, d’une ration de nourriture insipide et d’un seau propre pour faire ses besoins.

2007. Carl Mørck, un sous-commissaire est blessé dans une fusillade, tandis qu’un de ses collègues meurt, et qu’un autre est presque totalement paralysé. A son retour, il est relayé au sous-sol, à la tête d’un soi-disant nouveau département V, avec pour tout effectif que lui-même. Chargé de reprendre de vieilles enquêtes, il jette son dévolu sur la mystérieuse disparition de Merete Lyyngaard, cinq ans plus tôt.

JUSSI ADLER-OLSEN

Carl Valdemar, plus connu sous le pseudonyme de Jussi Adler-Olsen, est né à Copenhague en 1950. Successivement guitariste, étudiant en médecine, sciences politiques, sociologie, cinéma et mathématique, ce touche-à-tout travaille comme rédacteur, éditeur et traducteur entre 70 et 78. Il utilise son appartement comme boutique pour vendre des BD d’occasion, avant de monter une maison d’édition en 1984. Son premier roman, « Groucho & Co’s groveste » sort en 1984 et porte sur Marx Brothers. Son premier roman policier est publié en 1997 et devient best-seller. Il travaille plusieurs années comme directeur d’entreprises technologiques avant de se lancer dans la série du « Département V » qui remportera de nombreux prix de littérature au Danemark. Les trois premiers tomes de la série ont été adaptés au cinéma depuis 2013.

DES PERSONNAGES ATYPIQUES DANS UN SUSPENSE HALETANT

Le pitch est alléchant : un femme a été faite prisonnière en 2002, un policier talentueux au caractère de chien reprend l’enquête cinq ans plus tard. La question qui taraude le lecteur alors est simple : Merete Lyyngaard est-elle toujours vivante ?

Car Jussi Adler-Olsen nous fait vivre son calvaire en décalé par rapport à l’enquête de Carl Mørck : 2002 et 2007 alternent, tout au long de l’histoire, invitant le lecteur à espérer qu’elle ait tenu suffisamment longtemps pour que l’enquêteur la délivre. On passe ainsi sans cesse du cauchemar, à l’espoir, observant Mørck tenter de se dépêtrer de ses problèmes familiaux, de sa paresse, alimentée par les conséquences dévastatrices de la fusillade dont il a été l’une des victimes quelques mois plus tôt, et de l’antipathie qu’elle lui a valu au sein de la préfecture. Ainsi, l’auteur prend le temps de poser le contexte ; pourtant, on ne s’ennuie pas. Au contraire, on tremble, on souffre avec Merete Lyyngaard, et on s’interroge : comment Mørck pourrait-il la retrouver alors que tout le monde la croit morte ?

C’est justement cet autre point qui fascine le lecteur : les personnages, leur singularité, leur histoire, leur caractère. C’est une large galerie de portraits que nous dessine Adler-Olsen, enquête criminelle oblige, et si l’ensemble offre un panel de prénoms danois tous plus étranges les uns que les autres à nos oreilles, les trois personnages principaux ressortent. L’enquêteur aux bords du gouffre, tiré du marasme par un adjoint improbable et truculent, sans compter une Merete Lyyngaard admirable de combativité et de courage.

Quant à l’intrigue, elle est renforcée par le décalage créé par Adler-Olsen, car le lecteur en sait plus que l’enquêteur. Quand et comment découvrira-t-il chaque piste ? Quels indices le mèneront à la dernière ligne droite ?

Sur la forme, l’écriture est fluide et précise. On se croirait presque avec Merete dans ce bunker bétonné, à ne manger qu’une fois par jour. S’il y a peu de scènes d’actions, on sent l’activité qui règne à la préfecture, et l’on entend presque les répliques imagées que s’échangent les protagonistes.

Miséricorde est le premier des sept tomes relatifs au département V. Il est l’occasion de nous présenter Carl Mørck, l’enquêteur revêche et attachant, et le duo improbable qu’il forme avec le syrien plein de ressources, Hafez el Assad. Une série à découvrir absolument, entre nervosité littéraire et personnages atypiques.

 

Vocabulaire

Quelques mots de vocabulaire lus dans MISÉRICORDE et présentés dans la catégorie Vocabulaire.

OPPORTUNDOUCEUREUSE
IMPORTUNCHAFOIN
LE CAS ÉCHÉANTFOURBIR
AFFABLEAPATHIE
INSIDIEUSEMENT

Extrait

"Il contempla l’église de briques rouges qui s’élevait au-dessus des arbres dénudés et se dit une fois encore qu’il avait eu de la chance. Deux centimètres plus à droite, et Anker serait toujours en vie. Un seul centimètre à gauche, et c’était lui qui serait mort. Ces centimètres à eux seuls lui permettaient aujourd’hui de marcher au bord de ces prairies au lieu de se geler les fesses dans une des tombes du cimetière qui jouxtait l’église, quelques centaines de mètres plus loin.

Il avait bien essayé de trouver un sens à tout ça, mais sans succès. Il ne savait pas grand-chose de la mort, sinon qu’elle survenait quand on s’y attendait le moins, rapide comme l’éclair, puis infiniment tranquille une fois qu’elle avait frappé sa victime.

En revanche, il connaissait sa violence et le sentiment d’absurdité qu’elle laissait derrière elle. Celui-là, il le ressentait tous les jours.

Deux semaines seulement après sa sortie de l’école de police, il avait vu son premier cadavre. Longtemps, il avait été hanté par l’expression de cette petite femme maigre aux yeux ternes, étranglée par son mari. Cette image était à ce jour encore imprimée sur sa rétine. Depuis, il y avait eu d’autres enquêtes. Chaque matin, il s’était préparer à voir des vêtements ensanglantés, des visages cireux, des photos à vous glacer le sang. Il avait écouté des mensonges et des excuses. À chaque jour son crime, comme une variation sur le même thème et il avait fini par prendre des distances et se sentir de moins en moins concerné. Après vingt-cinq ans dans la police et dix ans de brigades criminelles, il se croyait endurci.

Jusqu’au jour où une affaire était venue percer son armure.

On les avait envoyés, Anker, Hardy et lui, inspecter une baraque pourrie. On y accédait par un chemin défoncé. Le mort qui les attendait avait une histoire tout à fait insolite à raconter.

Comme souvent, c’était la puanteur qui avait attiré l’attention d’un voisin. Encore un laissé-pour-compte qui s’était couché paisiblement dans sa propre merde et avait rendu l’âme dans un ultime rot éthylique. Ou du moins c’était ce qu’on aurait pu croire jusqu’à ce qu’on découvre la pointe qui transperçait son crâne, tirée sans doute par un pistolet à clous. C’était à cause de ce clou que l’affaire avait été confiée à la brigade criminelle de la police de Copenhague.

Ce jour-là, c’était au tour de l’équipe de Carl d’aller au charbon, ce à quoi personne ne trouva à redire, sauf Carl qui, comme d’habitude, se plaignit d’un surcroît de travail et de la lenteur des autres équipes. Aucun d’entre eux n’aurait pu deviner à quel point cette affaire allait mal tourner ! Ni savoir qu’il ne se passerait pas plus de cinq minutes entre l’instant où ils pénétreraient dans la pièce nauséabonde où gisait le corps, et celui où il verrait Anker à terre allongé dans une mare de sang pendant que Hardy marchait sur ses deux jambes pour la dernière fois de sa vie et que lui-même perdait irrémédiablement le feu sacré qui faisait de lui l’inspecteur qu’il était au sein de la brigade criminelle de la police de Copenhague."


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