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 Auteur : Lisa Gardner

 Éditeur : Albin Michel

 Genre : Thriller

 Année : 2009

 ISBN : 222619245X


Annabelle Granger se rappelle les valises, le déménagement, et les deux objets qu’elle avait été autorisée à emporter. Elle n’avait que 8 ans alors, mais cette scène s’est tant de fois répétée qu’elle s’en souvient parfaitement. Devenue adulte, elle est finalement retournée à son point de départ, Boston. Elle y réside depuis plusieurs années déjà lorsque les corps momifiés de 6 petites filles sont découverts dans une cavité souterraine. Sur chacune d’elle, un objet est accroché, tels un doudou, une peluche… ou un médaillon, gravé au nom d’Annabelle Granger. Faisant fi de tout ce que son père lui a enseigné, elle décide de se présenter à la police.

LISA GARDNER

Lisa Gardner est née dans l’Oregon. C’est en 1993 qu’elle obtient son diplôme en relations internationales. Elle est l’auteur de plusieurs thrillers, sous son nom, ainsi que sous le pseudonyme d’Alicia Scott. Elle a obtenu de nombreux prix littéraire, dont le Grand Prix des Lectrices décerné par le magazine ELLE en 2011. Elle vit actuellement avec son mari, sa fille et ses chiens dans le New Hampshire.

Portrait Lisa Gardner

 

UNE INTRIGUE COMME ON LES AIME : ÉNIGMATIQUE JUSQU'AU BOUT

Cette histoire démarre comme une impasse : si la jeune femme qui se présente aux enquêteurs est Annabelle Granger, comment son médaillon s’est-il retrouvé sur le cadavre de cette fillette ?

C’est sans doute le pari que fait Lisa Gardner avec ce roman : tenir le lecteur dans l’expectative jusqu’au tout dernier moment, car chaque piste que l’autrice ouvre semble impossible, chaque indice recueilli vient ajouter davantage de mystère et d’incompréhension.

Les personnages sont bien positionnés, racontés, caractérisés. Annabelle, l’héroïne de cette histoire, est attachante, déterminée, pleine de courage, totalement autonome pour mener sa vie et gérer sa sécurité, toujours menacée. Elle n’est jamais victime, ni fragile. Pour autant, elle s’interroge sur son identité, celle de ses parents, et les raisons qui les ont ainsi conduits à fuir toute leur vie. Son père est-il mêlé à ces meurtres ? Est-il un agent spécial du gouvernement ? Tant de questions auxquelles la jeune femme devra répondre si elle veut, un jour, mener une vie normale.

Le personnage du flic, Bobby Dodge, séducteur malgré lui, interroge. Est-il du bon côté ? Lui aussi a une histoire, complexe, qui pèse sur son comportement et son caractère. En tout cas, il ne laisse pas indifférent.

Le personnage le moins intéressant est paradoxalement celui que l’on retrouvera dans les autres tomes de la série : D.D. Warren. La commandante, ex-petite amie de Boddy Dodge, est caractérielle, comme beaucoup de personnages de flics, mais elle est surtout antipathique, autant dans le récit que pour le lecteur.

Ce thriller est totalement verrouillé, les rebondissements nombreux, le suspense haletant. Un page-turner, comme on dit. Des suspects en nombre, un catalogue de fausses identités pour brouiller les esprits, et une solution qui viendra de là où l'on ne l’attend pas.

Sur la forme, le roman est construit autour de ces enquêtes croisées, menées d’une part par Annabelle, d’autre part par la police. Lisa Gardner alterne les chapitres à la première personne du singulier, et ceux racontés par un narrateur omniscient. Le style est efficace, sans être exceptionnel.

Un livre long, certes, mais qui se mérite : l’intrigue est complexe, les personnages nombreux, les suspects aussi. Il est nécessaire de prendre le temps pour poser les informations importantes, afin d’éviter la confusion. Certains ont trouvé que la fin était mièvre. Le rythme va pourtant crescendo, le récit finit en apothéose, entre action et affrontement psychologique. Les deux énigmes que l’on n’avait pas forcément identifiées comme telles trouvent leur résolution dans un tête-à-tête pour le moins inattendu. Lisa Gardner respecte les codes du policier, et ne déçoit pas ses lecteurs : le tueur était sous nos yeux.

Une intrigue prenante, indéchiffrable tant elle est compliquée, des personnages complexes et accrocheurs, tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce thriller une merveille. À lire absolument !

 

VOCABULAIRE

Quelques mots de vocabulaire lus dans SAUVER SA PEAU et présentés dans la catégorie Vocabulaire.

DÉBONNAIREMALSTRÖM
GOUAILLEUSECONTRIT
MORIGÉNERRASSÉRÉNER
IMPUNÉMENT


EXTRAIT

"Il tomba presque tout de suite sur le premier agent en faction. Un policier municipal, debout au milieu de la route, vêtu d’un gilet de sécurité orange et armé d’une puissante lampe torche. Le gamin paraissait à peine en âge de se raser. Il arriva cependant à prendre un air mauvais très réussi en examinant la plaque de Bobby, puis émit un grognement méfiant lorsqu’il s’aperçut que Bobby appartenait à la police d’État.

« Sûr que vous êtes au bon endroit ? Demanda-t-il.

— Aucune idée. J’ai tapé « scène de crime » sur Mappy, ça m’a sorti ça. »

Le gamin le regarda sans comprendre. Bobby soupira. « J’ai été personnellement invité par le capitaine Warren. Si ça vous pose un problème, voyez avec elle.

— Le commandant Warren, vous voulez dire ?

— Commandant ? Bien, bien, bien... »

Le gamin lui rendit ses papiers sans ménagement. Bobby gravit la colline.

Le premier bâtiment à l’abandon se profila sur la gauche ; les multiples carreaux des fenêtres lui renvoyèrent des reflets dédoublés de ses phares.

La structure de brique s’affaissait sur ses fondations, les grandes portes étaient cadenassées, le toit complètement désintégré.

Bobby tourna à droite, passa un deuxième bâtiment, plus petit et plus délabré encore. Les voitures s’entassaient maintenant au bord de la route, garées pare-chocs contre pare-chocs : les véhicules des enquêteurs, le fourgon du légiste et les techniciens de scène de crime se disputaient les places.

Mais les projecteurs le hélaient, à bonne distance de là. Une lueur lointaine dans les bois embrumés. Bobby entendait à peine le ronronnement du groupe électrogène apporté par la camionnette de l’identité judiciaire pour alimenter la scène en électricité. Apparemment, il avait un peu de marche en perspective.

Il se gara dans un pré envahi de broussailles à côté de trois véhicules de patrouille. Attrapa une lampe torche, du papier, un stylo. Et, à la réflexion, un blouson plus chaud.

La nuit de novembre était fraîche, dans les ‘-( degrés, avec un léger brouillard givrant. Personne dans les parages, mais le faisceau de sa torche éclaira le passage ouvert par le piétinement des enquêteurs de la brigade criminelle arrivés avant lui. ses pas lourds faisaient un bruit mat sur le chemin.

Il entendait encore le groupe électrogène, mais toujours pas de voix. Il se baissa pour passer sous des arbustes, sentit le sol devenir marécageux sous ses pieds, puis se raffermir. Il traversa une petite clairière, remarqua un tas d’ordures – du bois pourri, des briques, des seaux en plastiques. Les dépôts sauvages étaient un problème depuis des années dans ce parc, mais ils se trouvaient en général près des clôtures. Là, c’était trop à l’intérieur. Probablement des rebuts de l’asile lui-même, ou peut d’un des chantiers récents. Vieux, nouveau, impossible à dire sous cette lumière.

Le bruit s’amplifia, le ronron du groupe électrogène se mua en un rugissement sourd. Bobby rentra la tête dans le col de son blouson pour se protéger les oreilles. Après dix ans passés dans la police, il avait vu son lot de scènes de crime. Il en connaissait le bruit. Il en connaissait l’odeur.

Mais c’était sa première scène en tant qu’enquêteur à proprement parler. Il se dit que c’était pour ça que ça paraissait si différent. Puis il franchit une autre rangée d’arbres et s’arrêta net.

Des gens. Partout. La plupart en civil, probablement quinze, dix-huit enquêteurs, et facilement une douzaine d’agents en tenue. Et puis, il y avait les types grisonnants en épais pardessus de laine. Des officiers supérieurs, que Bobby avait déjà croisés pour la plupart lors des pots de départ à la retraite d’autres gros bonnets. Il repéra un photographe, quatre techniciens de scènes de crime. Et enfin une seule femme – elle était substitut du procureur, s’il avait bonne mémoire.

Beaucoup de monde, surtout au vu de la politique de longue date de Boston, qui exigeait un rapport écrit de quiconque pénétrait sur une scène de crime. La chose avait tendance à tenir à distance les policiers badauds et, plus important encore, les grands pontes."


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